Ponts thermiques dans la maison :
comment les repérer
et les supprimer ?


Vous avez isolé vos murs, changé vos fenêtres, installé un nouveau système de chauffage… et pourtant, vous avez encore froid dans certaines pièces. La facture reste élevée. Des traces d’humidité ou de moisissures apparaissent dans les angles. Ce phénomène, très courant, porte un nom : le pont thermique. 

Pour démystifier ce sujet trop souvent ignoré , ou mal traité , dans les rénovations, nous avons interrogé Clément Fugier, Directeur et expert thermique au Lab Dorémi, le pôle R&D de Dorémi dédié à l’innovation en rénovation énergétique performante. 

À retenir

  • Un pont thermique, c’est une rupture dans la continuité de l’isolation : une zone où la chaleur s’échappe plus vite qu’ailleurs. Comme un trou dans une doudoune. 
  • Les endroits à surveiller en priorité : les jonctions mur/plancher, mur/toiture, mur/menuiserie, les balcons en béton et les linteaux. Ce sont ces « interfaces » qui font ou défont une rénovation. 
  • Dans une maison bien isolée, les ponts thermiques peuvent représenter jusqu’à 30 % des pertes de chaleur. 
  • Changer les fenêtres ou installer une PAC ne suffit pas si les ponts thermiques ne sont pas traités : l’inconfort persiste, la facture aussi, et les équipements sont surdimensionnés. 
  • L’ITE traite mieux les ponts thermiques que l’ITI, mais l’ITI peut être très performante si les retours d’isolant et la membrane pare-vapeur hygro-variable sont correctement mis en œuvre. 
  • La clé, c’est la vision globale dès le départ : anticiper les interfaces, coordonner les artisans, ne jamais isoler en silo.  

C’est quoi un pont thermique ?

Avant de parler de solutions, commençons par comprendre le problème. Un pont thermique, c’est une zone localisée du bâtiment où la résistance thermique est plus faible qu’ailleurs. En clair : un endroit par où la chaleur s’échappe plus facilement. 

Clément Fugier le formule simplement : 

« Un pont thermique, c’est un endroit du bâtiment où la fuite de chaleur est plus importante qu’ailleurs, du fait de la configuration du bâtiment et/ou d’une discontinuité de l’isolation. » 

Pour rendre ça encore plus concret, l’image du pull troué s’impose : 

« Imaginez une doudoune mal fermée, ou un pull avec un trou. Même si le reste est bien isolé, c’est par là que le froid entre et que la chaleur sort. » 

Les conséquences sont réelles et multiples : 

  • Des pertes thermiques qu’il faut compenser avec le chauffage → facture plus élevée 
  • Des points froids ressentis dans certaines zones de la pièce → inconfort 
  • Des risques de pathologies : condensation, moisissures dans les angles 

À noter : un pont thermique n’est pas la même chose qu’une mauvaise isolation globale. L’isolation peut être correcte sur la majeure partie des parois, et pourtant quelques points de rupture suffisent à dégrader significativement la performance de l’ensemble. 

 

Où se cachent les ponts thermiques dans une maison ? 

C’est l’une des questions les plus fréquentes sur le terrain. Et la réponse de Clément est précise : les ponts thermiques se trouvent presque toujours aux mêmes endroits. 

Les jonctions entre parois : les zones les plus à risque 

directeur du lab

Clément Fugier , directeur du Lab’ Dorémi

« Les ponts thermiques apparaissent à la jonction entre parois : mur/toiture, mur/plancher, mur/mur, mur/menuiserie. Mais aussi au niveau des éléments traversants, comme les balcons. Ces ‘interfaces‘ sont essentielles à traiter avec soin dans une rénovation, pour garantir la continuité de l’isolation. 

Il ne faut pas sous-estimer les ponts thermiques intégrés, qui sont dus au système de maintien de l’isolant : ossatures métalliques, équerres, chevilles. Ces éléments peuvent dégrader la performance de l’isolation de façon significative, jusqu’à 30 % ! » 

Autour des fenêtres et portes 

Beaucoup de propriétaires pensent que changer leurs fenêtres règle le problème. En réalité, même un double vitrage performant reste un point froid. 

« En rénovation performante, une fenêtre est environ 5 fois moins isolante qu’un mur correctement isolé. Même avec un bon vitrage, si la continuité de l’isolation entre le mur et la menuiserie n’est pas assurée, le pont thermique persiste. » 

Jonction mur / plancher (dalle béton) 

C’est le cas typique des maisons construites entre les années 1960 et 1990 : la dalle béton crée une rupture directe dans la continuité de l’isolant, surtout en cas d’isolation thermique par l’intérieur (ITI). Sans traitement spécifique du nœud constructif à cet endroit, la chaleur continue de fuir. 

Toiture et combles

Le raccord entre la toiture et les murs est un point critique. Si l’isolant des combles ne rejoint pas parfaitement l’isolation des murs, on crée une fuite directe en partie haute du bâtiment, là où la chaleur monte naturellement. 

Balcons, linteaux et murs béton 

Le béton est un matériau très conducteur. 

« La conductivité thermique du béton est 10 fois supérieure à celle du bois, et 50 fois supérieure à celle de la laine de verre. Un balcon en béton qui traverse la dalle, un linteau non isolé : autant de chemins directs pour le froid. » 

Maisons anciennes vs maisons récentes : deux réalités différentes 

Clément insiste sur une nuance importante, souvent ignorée : 

« Dans les maisons anciennes, le problème principal, c’est surtout l’absence d’isolation. Les ponts thermiques y représentent une part relative faible des déperditions, entre 5 et 10 %. À l’inverse, dans les maisons récentes, les parois sont isolées et les fuites de chaleur se concentrent sur les ponts thermiques, qui peuvent alors représenter jusqu’à 30 % des pertes totales ! » 

Autrement dit : plus une maison est bien isolée globalement, plus les ponts thermiques deviennent le maillon faible. 

Comment savoir si ma maison a des ponts thermiques ? 

Bonne nouvelle : certains signes sont visibles à l’œil nu. D’autres nécessitent un œil expert et parfois un outil spécifique. 

Les signes qui doivent vous alerter 

Clément liste les signaux d’alerte classiques : 

  • Une zone de mur ou de sol plus froide au toucher 
  • De la condensation sur les vitrages ou en bas des murs 
  • Des moisissures qui apparaissent dans les angles de pièce 
  • Une sensation d’inconfort thermique persistante malgré le chauffage 
  • Une facture énergétique élevée sans explication claire 

Ces signes ne suffisent pas toujours à localiser précisément le problème, mais ils doivent alerter. 

Peut-on repérer un pont thermique sans matériel ? 

« Au toucher, on peut sentir une zone plus froide sur un mur ou un sol. Mais le moyen le plus efficace reste la caméra thermique infrarouge à condition qu’il y ait une différence de température suffisante entre l’intérieur et l’extérieur. En hiver, avec quelques degrés d’écart, les ponts thermiques deviennent vraiment visibles. » 

La thermographie infrarouge est aujourd’hui couramment utilisée par les experts en rénovation pour cartographier précisément les zones de perte. C’est l’outil de diagnostic de référence. 

Humidité et moisissures : toujours la faute du pont thermique ? 

Pas forcément, et Clément nuance ici : 

« Un pont thermique ne crée pas de l’humidité en lui-même. C’est d’abord un problème de ventilation. Si la VMC est défaillante et que le taux d’humidité intérieur est trop élevé, la condensation se produit sur les points froids  donc notamment au niveau des ponts thermiques. » 

Autrement dit : un pont thermique aggrave les effets d’une mauvaise ventilation, mais il n’en est pas la cause première. Les deux problèmes doivent être traités conjointement. 

Pourquoi les ponts thermiques peuvent ruiner une rénovation ?

C’est l’un des sujets qui revient le plus souvent dans le travail quotidien de Clément et des équipes Dorémi : des propriétaires qui ont réalisé des travaux… mais qui ne constatent pas les économies espérées. Souvent, les ponts thermiques en sont la cause. 

L’erreur classique : changer le chauffage avant l’enveloppe 

Installer une pompe à chaleur dans un logement mal isolé, avec des ponts thermiques non traités, c’est une erreur coûteuse. 

« Une PAC dans un logement mal isolé, ça donne : une installation puissante et coûteuse, un inconfort qui subsiste, et un système inadapté ou surdimensionné si on isole par la suite. Il est toujours préférable d’isoler le bâtiment en traitant les ponts thermiques ! Et avant d’installer une pompe à chaleur. » 

Le message est clair : l’enveloppe thermique prime sur les équipements. 

Les « travaux rustines » qui déplacent le problème 

Isoler une seule partie du bâtiment peut parfois créer de nouveaux déséquilibres. 

« La chaleur s’échappe par les endroits les moins isolés. Quand on isole une partie, les déperditions se concentrent ailleurs. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avancer par étapes — c’est souvent nécessaire pour des raisons de budget — mais il faut impérativement avoir une vision globale du projet dès le départ, pour anticiper les interfaces et limiter le nombre d’interventions. » 

L’exemple du tableau de fenêtre : un détail qui coûte cher 

Clément cite une erreur qu’il voit régulièrement sur les chantiers : 

« L’exemple du pont thermique de la menuiserie sans retour de tableau, c’est malheureusement très fréquent. Concrètement, cela revient à conserver du simple vitrage en termes d’impact thermique, même si la fenêtre est neuve. Un retour d’isolant de quelques centimètres sur l’embrasure change tout. » 

Ce genre de detail, invisible pour un non-expert, peut annuler une grande partie des bénéfices d’un remplacement de fenêtres. C’est précisément à ces interfaces que l’expertise technique fait la différence. 

Seule une rénovation globale garantit le confort : 

« Réno partielle, ponts thermiques non gérés, étanchéité à l’air non traitée : voilà pourquoi certains ménages continuent d’avoir froid après travaux. Seule une rénovation globale garantit le confort. » 

 

Comment supprimer les ponts thermiques ? 

Il n’existe pas une seule solution universelle. Le traitement des ponts thermiques dépend de la configuration du bâtiment, du type de construction, des contraintes techniques et des choix d’isolation. Clément présente les principales options. 

L’isolation thermique par l’extérieur (ITE) : la solution la plus efficace ? 

« L’ITE traite très bien les ponts thermiques mur/mur et mur/dalle, contrairement à l’ITI ( Isolation thermique par l’intérieur). En enveloppant le bâtiment de l’extérieur avec une couche continue d’isolant, on supprime la plupart des ruptures thermiques. » 

L’ITE est souvent présentée comme la solution reine. Elle enveloppe le bâtiment comme une « carapace » thermique continue, sans créer les nœuds constructifs qui posent problème en isolation intérieure. 

Mais elle n’est pas toujours possible : 

« Techniquement, l’ITE est applicable sur la plupart des bâtiments en choisissant le matériau adapté. Mais elle est souvent plus chère, et parfois incompatible avec les règles d’urbanisme : implantation en limite de propriété, secteur classé, façade remarquable ou impossible en copropriété. » 

Dans ce cas, une solution mixte ITE/ITI est envisageable, ou une ITI seule avec les précautions nécessaires. 

L’isolation thermique par l’intérieur (ITI) : performante si bien réalisée 

L’ITI peut tout à fait être performante, à condition de respecter des règles techniques précises. 

« En ITI, on va créer des retours d’isolant sur les menuiseries, comme en ITE. Pour les ponts thermiques mur/mur et mur/dalle, il est recommandé de réaliser des retours d’isolant notamment sur les bâtiments anciens sensibles à l’humidité (pisé, bauge, pan de bois). » 

Et Clément insiste sur un point souvent négligé : 

« Une ITI performante implique impérativement la mise en œuvre d’une membrane pare-vapeur hygro-variable, indispensable pour gérer la vapeur d’eau et assurer l’étanchéité à l’air. Sans ça, on crée des risques de condensation dans la paroi. » 

Fenêtres, ventilation et détails techniques 

Changer les fenêtres est souvent la première action envisagée. Mais Clément remet les choses en perspective : 

« Les fenêtres représentent 10 à 15 % des déperditions thermiques. On gagne en confort,  réduction des courants d’air, du bruit , mais l’impact sur la facture reste limité si le reste de l’enveloppe n’est pas traité. » 

Quant à la ventilation : 

« La VMC a un rôle essentiel : renouveler l’air pour les habitants, évacuer les polluants et maîtriser l’humidité. En parallèle d’une isolation renforcée, une VMC bien dimensionnée est indispensable. » 

Enfin, sur ce qui fait vraiment la différence sur un chantier : 

« C’est l’approche globale du projet, la bonne gestion des interfaces dès la phase de devis, et une coordination rigoureuse entre les artisans. La continuité de l’isolant est la clé. » 

 

VIDEO YOUTUBE

Retrouvez l’interview complète de Clément Fugier, Directeur du Lab’ Dorémi, en video👇

L’approche Dorémi : traiter les ponts thermiques, pas les contourner

Chez Dorémi, le traitement des ponts thermiques n’est pas une option. C’est intégré dans notre méthode depuis le début.

 

Dorémi est l’expert en rénovation énergétique globale et performante. Concrètement, cela signifie :

 

✔  Un devis global unique, couvrant les 6 postes de rénovation (enveloppe, menuiseries, ventilation, chauffage, production d’eau chaude, énergie renouvelable) 

✔  Une vision thermique complète du bâtiment dès la phase de conception, ponts thermiques identifiés et traités dans le plan 

✔  Une coordination des artisans assurée par Dorémi sur toute la durée du chantier 

✔  Une garantie de prix fixe et gelé à la signature du devis , sans mauvaise surprise 

✔  Des résultats prouvés : les maisons rénovées selon le référentiel Dorémi atteignent en moyenne moins de 34 kWh/m²/an en consommation de chauffage, soit 10 fois moins qu’une passoire thermique, et en dessous du label BBC ( Bâtiment Basse Consommation). 

 

La rénovation performante ne s’improvise pas. Elle se conçoit globalement, se coordonne rigoureusement, et se vérifie dans la durée. 

 

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Les questions que tout le monde se pose sur les ponts thermiques 

  • Non, pas totalement : certains sont inhérents à la configuration du bâtiment. Mais on peut les minimiser très significativement en traitant avec soin chaque interface lors de la rénovation. 

  • Oui, c’est possible. Les exigences thermiques sur le neuf sont élevées et des solutions spécifiques existent — rupteurs de pont thermique de dalle, par exemple — mais leur mise en œuvre dépend de la qualité d’exécution du chantier. 

  •  Une fenêtre est en elle-même un pont thermique, elle est environ 5 fois moins isolante qu’un mur bien isolé. Mais on a besoin d’ouvertures ! L’essentiel est d’assurer la continuité de l’isolation entre les murs et les menuiseries pour minimiser ce pont thermique.  

  • Pas directement. Les moisissures résultent d’abord d’un problème de ventilation. Mais si l’humidité intérieure est élevée et que la VMC est défaillante, la condensation se produit en priorité sur les points froids dont les ponts thermiques. Les deux problèmes doivent donc être traités ensemble. 

  •  Oui et non. Ils sont pris en compte par le diagnostiqueur lors de la visite et intégrés dans le calcul de l’étiquette énergétique, mais ils ne sont pas identifiés précisément dans le rapport. Pour une cartographie fine, une thermographie infrarouge est nécessaire.  

  • Isoler, c’est réduire les déperditions sur les grandes surfaces (murs, toiture, plancher). Traiter les ponts thermiques, c’est s’assurer qu’il n’y a pas de rupture à la jonction entre ces surfaces isolées. Les deux sont complémentaires et indissociables dans une rénovation performante. 

Annabelle Garé

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